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CURE-MOLES BRESTOIS

Publié le par Sean O'Reil

CURE-MOLES BRESTOIS

Sur de nombreux dessins ou photographies du port de Brest à différentes époques l’on remarque très souvent au premier plan, en raison très certainement de son caractère original, de drôles de « mécaniques » nautiques : des cure-môles !

Un besoin de définition ?cure-môle : « machine à curer, sorte de grand ponton un peu plus long que large, qui porte un appareil de roues, de chaînes, etc. propres à faire agir extérieurement d’énorme cuillers en grosse tôle ; que l’on emploie à curer les ports, au moyen des hommes qu’on fait marcher dans deux grandes roues mobiles de la machine. Ces cuillers ont une trappe en-dessous, qui s’ouvre lorsqu’elles sont hors de l’eau pour qu’elles se vident l’une après l’autre dans les puits des maries-salopes » (Dict. Ency. Ch. Saint Laurent, 1858) – "drague cure-môle, espèce de drague à treuil sur ponton" (Dict. Bescherelle, 1865 ; Dict. Flammarion, 1894-1898).

Un nouveau besoin de définition ?« Marie-salope : barque à un mât ; contenant deux puits en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, qui sont destinés à recevoir les matières enlevées par la drague et le cure-môle… » (Dict. Bouillet, 1854). Ce nom proviendrait de la corruption du mot « chaloupe » (Dict., Bouillet, 1896). La Marie-salope bien connue de nos amis marins est aussi appelée « gabarre à vase ».

Nous ne disposons pas de longues descriptions de ces bateaux à l’œuvre dans la Penfeld dont on sait, depuis le XVIIe siècle, qu’il est indispensable de la curer en raison d’un envasement très rapide. Une petite exception dans ce désert, la courte citation du jeune François-René de Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-tombe (XIII, 119, éd. Biré, 1904) lors de son passage à Brest (1783) : « Ici des charrettes s’avançaient dans l’eau à reculons pour recevoir des chargements ; là, des palans enlevaient des fardeaux, tandis que des grues descendaient des pierres, et que des cure-môles creusaient des atterrissements. ».

Sous la Révolution le curage du port avait été confié à l'entreprise ; en frimaire an X (décembre 1801) une commission étudia son passage en régie en raison de l'envasement généralisé. Les rédacteurs du rapport final précisaient que sur les deux cure-môles du port, seuls deux étaient en état de fonctionnement alors que du temps de l'ingénieur Choquet de Lindu (mort en 1790) les cure-môles de Brest étaient au nombre sept. Il en était de même des "gabares à clapet" : des 73 de l'Ancien régime il n'en restait, en 1801, que 21 dont 8 en fonctionnement...

En guise de conclusion de ce petit billet, j’ai relevé le nom de quelques-uns de ces cure-môles qui n’ont pas laissé de trace dans l’Histoire maritime, ni même dans les dictionnaires spécialisés pourtant nombreux et très bien documentés. Aussi je me lance… dans leur "recensement". Mais oui, même pas peur !

Les quatre cure-môles du port de Brest, année 1816 (SHD Marine Brest, 3A 107) : La Douce, La Forte, La Complaisante, La Docile [corrompu en « Dogre » sur certains autres documents contemporains].

Je ne peux résister à vous citer cinq autres noms de grandes oubliées, ceux de « citernes carrées » : L’Armenson, La Loire, La Garone, Le Réservoir, La Sonde qui n’ont pas trouvé grâce aux yeux des lexicographes maritimes autorisés.

Mise à jour : 24 février 2016.

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