Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LE JARDIN DES EXPLORATEURS A BREST-RECOUVRANCE

Publié le par Sean O'Reil

Entrée du Jardin des Explorateurs
Entrée du Jardin des Explorateurs

Le Jardin des Explorateurs à Brest-Recouvrance

Inauguré le 20 mars 2002, le jardin des Explorateurs est un lieu de passage obligé pour une balade dans Recouvrance. Le jardin dispose en effet d’un très beau belvédère permettant de découvrir le château et la Penfeld. Non aménagé en cul-de-sac il permet de poursuivre la balade par un second jardin s'ouvrant sur Laninon et son domaine militaire interdit d’accès avec vue sur le goulet et la presqu’île de Crozon. La balade peut reprendre par les « Hauts » du jardin et débouche rue de Rochefort sur l’église Saint-Sauveur. Ce point de vue reste, à mon avis, le plus intéressant du Brest intra-muros et permet au guide de "s'exprimer" à l’envi et de "dispenser" aux visiteurs de nombreuses thématiques sur l’histoire de la ville et du port (des origines au XVIIe siècle)…

L'entrée de la Penfeld - A quai : Ocean Eagle 43 Trimaran et Intercepteur HSi32

L'entrée de la Penfeld - A quai : Ocean Eagle 43 Trimaran et Intercepteur HSi32

Magnifique belvédère, le jardin des Explorateurs permet d'admirer les navires amarrés sous le château de Brest - Ici, l'Amerigo-Vespucci, le 11 septembre 2016.

Magnifique belvédère, le jardin des Explorateurs permet d'admirer les navires amarrés sous le château de Brest - Ici, l'Amerigo-Vespucci, le 11 septembre 2016.

Ce « jardin » a été artificiellement dédié aux explorateurs et scientifiques partis de Brest pour des voyages de circumnavigation et la ville, pour en assurer l’habillage, a mis en avant la thématique de Brest et de son « jardin botanique » au XVIIIe-XIXe siècles. Pour moi si l’on veut parler de l’histoire du jardin botanique, autant traverser la Penfeld et parcourir les jardins de l’hôpital d’instruction des armées Clermont-Tonnerre. Même si ces derniers ne sont que l’ombre de ce qu’ils étaient au XVIIIe siècle, ils restent du moins parfaitement localisés « dans leur jus » moderne depuis 1768 et dans le « terroir de Lannouron » depuis 1687 (clôture des jardins).

Le « jardin des simples » de l’hôpital de la Marine créé en 1694 était attaché presque exclusivement aux besoins du fonctionnement hospitalier. Ce n’est qu’à partir de 1740 que le jardin devenu « botanique » devînt nécessaire à l’instruction des élèves chirurgiens de l’école de chirurgie de la Marine. Quelques noms d'employés de ce jardin [1745-1746] nous sont parvenus : Yvon Toullec « jardinier des simples », Alain Le Gall « maître jardinier », Guillaume Le Bris « ouvrier du port servant en qualité de jardinier botaniste », etc.

Hôpital de la Marine de Brest - les jardins (1684-1776).

Hôpital de la Marine de Brest - les jardins (1684-1776).

Le troisième et dernier volet susceptible d’intéresser le visiteur – à la marge – tient à l’implantation du jardin moderne sur l’emplacement d’une batterie de défense devenue mythique à Brest et appelée par dérision la « batterie inutile ». Elle avait été construite en 1765-1766, sous la direction du lieutenant général du Génie (Armée de Terre) Pierre Filley de la Coste (1695-1779). Cet élément défensif de 20 canons faisait partie d’un énième plan de défense de Brest et d’aménagement vite abandonné (1766) qui ne fut achevé que sous l’Empire par le préfet Cafarelli. Cette batterie dite aussi « du Cavalier » lors de l’abandon des projets de Filley et de la reprise de la direction des travaux par la Marine ne présentait plus d’intérêt défensif et ne fut pas armée.

A titre d'illustration, voici un extrait du journal d'Antoine de Sartine, ministre de la marine, en visite à Brest, daté du 1er septembre 1775 :

"Batterie au-dessus des magasins aux vivres [Batterie Filley] – Je visitai aussi une batterie située au-dessus des magasins aux vivres. Cette batterie fut construite il y a quelques années contre l’avis de tous les officiers. Son extrême élévation rend son feu très désavantageux : il y a apparence que malgré la dépense énorme qu’elle a dû coûter, elle ne sera jamais d’aucun usage. Quoique sa construction ne remonte pas à plus de 12 ans, la plate forme est déjà ruinée".

Pour découvrir sur ce blog le Journal de Sartine, à Brest, lors de son voyage d'inspection en août-septembre 1775 . Quelques lignes sur Filley de la Coste sur ce blog dans un article consacré à l’ouvrage à corne de Quéliverzan.

Orientation bibliographique : Levot, Histoire de la ville et du port de Brest, 3 vol., 1865-1867, reprints 1972 – Delourmel, Le vieux Brest à travers ses rues, 1946 – Roussel et Gallozi, Jardins botaniques de la Marine en France, 2004 – Augoyat. Notice historique sur Filley de la Coste, dans le Spectateur militaire, 1836, XXI, 535-552.

Remerciements à Ph. G. mon "expert" naval

LE TOME 5 DES "HOPITAUX MILITAIRES DANS LA GUERRE 1914-1918" de François OLIER et Jean-Luc QUENEC'HDU est en souscription jusqu'au 10 octobre 2016, aux éditions Ysec de Louviers.

Mise à jour : 11 septembre 2016

Le Jardin des Explorateurs (2002) implanté sur la "batterie du Cavalier" (1765-1766).

Le Jardin des Explorateurs (2002) implanté sur la "batterie du Cavalier" (1765-1766).

Commenter cet article

quentric 04/08/2016 12:22

Difficile quand on évoque le jardin botanique de l'hôpital maritime de ne pas évoquer la personne d'Antoine Laurent , qui transforma ce qui n'était qu'un jardin des simples en un véritable jardin botanique , y rassemblant plus de 2000 espèces , depuis son arrivée à Brest en 1771 jusqu'à sa mort en 1820 . Fort de l'expérience acquise au jardin des plantes , après des débuts au Trianon , il y acclimata des plants venus des quatre coins du monde , dans les soutes des navires .
Sa plaque funéraire , découverte au cimetière St Martin , a été installée en 2012 près du logement qu'occupait Antoine Laurent dans l'enceinte de l'hôpital .
Ouvrage de référence concernant Antoine Laurent : "Jardins botaniques de la marine en France : mémoire du chef jardinier de Brest Antoine Laurent ", de Claude Youenn Roussel et Arièle Gallozzi . Paru chez Coop Breizh en 2004 .

Sean O'Reil 08/08/2016 18:06

Le nom d'Antoine Laurent est en effet inséparable de l'Histoire du Jardin botanique moderne (après 1768). Pour ce qui est de la période "ancienne" (1687-1768), moins bien connue, l'organisation et le fonctionnement du jardin ou plutôt "des jardins" ("simples", botanique, potagers) de l'hôpital maritime ne furent qu'une suite d'essais plus ou moins heureux, suivant que l'entretien du jardin relevait du régime de l'entreprise (soeurs hospitalières, particuliers) ou de celui de la régie (au compte du roy). L'arrivée de Laurent et l'emploi des bagnards... firent beaucoup pour sa "rentabilité".

Urgo 18/05/2016 19:08

La vue sur ce jardin, doit être désormais très agréable pour les riverains. Recouvrance est un lieu qui m'a toujours un peu fasciné. Je me souviens, pas loin de l'église Saint Sauveur, il y avait encore dans les années 60, un vestige de fortification avec une échauguette. Puis tout cela a été rasé pour faire place à des constructions.