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"MOIS SANS TABAC" : FUMER A BREST EN 1774

Publié le par Sean O'Reil

FUMER A BREST EN 1774

Novembre 2016 étant le mois du challenge « mois sans tabac » je vous propose de faire un retour en arrière et de vous présenter quelques documents sur la tabagie - « le tabac en fumée » - dans l’arsenal de Brest au XVIIIe siècle. Et oui, Déjà !

Un souci majeur pour les autorités maritimes et municipales à une époque où le bois tenait une place prépondérante dans la construction navale. Que ce soit dans le port ou en ville, tout était bois et donc danger, souvent aggravé par la recherche d’incendiaires à la solde de l’Angleterre ou de la Hollande. Pas une seule année sans un incendie signalé au ministre de la Marine et qui ne soit relaté dans les archives du port en lien avec des affaires d’espionnage. Les autorités maritimes étaient très conscientes du risque d'incendie et multipliaient par précaution les ordonnances et les règlements.

 

Le plus ancien texte brestois concernant les risques d’incendie, dont j’ai trouvé trace, date du 14 septembre 1679, fait par l’intendant Pierre Chertemps de Seuil (ca. 1634-1683). Au fil du temps ces documents se multiplièrent. Ainsi l’ordonnance du 15 avril 1689 (livre 6, titre I, art. XXII) considérée comme le « code de la Marine » précisait l’interdiction de fumer pour les soldats de garde dans le port « la retraite étant battue ». En cas d’incendie avéré l’on battait au tambour « la générale », tandis que la cloche du magasin général résonnait et que l’on embrigadait les soldats de la garnison, les équipages et ouvriers du port pour aller combattre les incendies sous la direction des charpentiers de marine.

Peu de place ici pour mentionner ces nombreux sinistres. Le premier que je trouve mentionné est un début d’incendie survenu en 1686 dans la maison de l’intendant de la marine qui se situait en bord de Penfeld, aussi appelée « maison du roy » ou « maison de l’intendance » (1667-1787). Pour faire face à ces sinistres, l’intendant du port Champy des Clouzeaux (ca. 1630-1701) fut autorisé par le ministre le 16 mars 1686 à faire venir de Hollande des moyens d’intervention : « deux pompes à seringue pour vous servir dans les accidents de feu ». Mais cela nous éloigne de la tabagie…

DES "FOUS" QUI FUMENT...

Ici les illustrations sont plus rares, mais en voici une qui me parait significative, celle de l’incendie survenu à l’écurie de l’hôpital de la marine, le 25 octobre 1739. Le bâtiment construit en rez-de-chaussée fut détruit sur près de cinquante mètres sans que l’on connaisse toutefois la cause du sinistre. Ce qui n’empêcha pas l’intendant du port de partager ses soupçons avec le ministre au sujet de deux fumeurs hospitalisés : « (…) cela me donne occasion de vous représenter, Monseigneur, que nous avons actuellement dans l’hôpital deux fous, ouvriers du port et qui sont devenus tels pendant le service actuel. Ils y sont depuis longtemps, ces gens ne sont pas assez insensés pour être renfermés, d’ailleurs il n’y a point d’endroit dans l’hôpital qui y soit propre, ainsi ils vont et viennent dans les salles et dans les cours et fument en se promenant et comme ils peuvent mal à propos secouer leurs pipes proche de quelque matière combustible et causer un embrasement, ainsi j’ai l’honneur de vous proposer, Monseigneur, de faire expédier un ordre pour renfermer ces insensés à [la maison des religieux de la Charité de] Pontorson.  (…) »

 

 

 

LE CARCAN POUR LES FUMEURS… Quelques années plus tard (1751), en dépit des interdictions nombreuses de fumer dans l’arsenal de Brest, l’intendant précisait :

« Nous avons eu icy toutes les peines du monde à abolir parmy les ouvriers l’usage du tabac en fumée, jusqu’à présent on n’en avait surpris aucun sur le fait, quoique je sçusse que l’on contrevenait quelques fois aux défenses. L’occasion s’est présentée et j’ai rendu à cette occasion l’ordonnance ci-joint [absente du registre] qui sera exécutée à la rigueur ; mais je crois qu’il convient d’établir la peine du carcan pour ceux qui contreviendront même pour la première fois ; quoique le dernier exemple ait produit un très bon effet. »

« DEFENSE DE PRENDRE DU TABAC EN FUMEE »…

« Ordonnance du 26 avril 1774 de Charles-Claude de Ruis-Embito, chevalier, conseiller du Roy en ses Conseils, Ch[evalier] des Ordres royaux et hospitaliers de Notre Dame du Mont Carmel et de St. Lazare de Jérusalem, intendant de justice, police et de finances de la Marine en Bretagne.

« Malgré les défenses réitérées qui ont été précédemment faites à prendre du tabac en fumée dans les v[aisse]aux et autres bâtiments désarmés dans le port ; et ceux pour son service intérieur dans les chantiers et at(t)eliers, et en général dans l’enceinte de l’arsenal ; étant informés que malgré les punitions qui ont été infligées à différentes personnes à ce sujet, cet abus continuait journellement ; pour prévenir les acciden[t]s qui peuvent en résulter ; nous faisons très expresses défenses aux ouvriers et gens de toute qualité ; aux consignes, portiers, gardiens et mariniers de toute espèce de prendre du tabac en fumée, soit dedans soit en dehors des magasins et at(t)eliers ou autres endroits de l’enceinte de l’arsenal et du parc aux vivres ; ni dans les v[aisse]aux et autres bâtimen[t]s du Roy désarmés dans le port, ni dans ceux appartenan[t]s aux particuliers désarmés en armement ou désarmement, et enfin dans les bâtimen[t]s civils appartenan[t]s au Roy, en quelque lieu qu’ils soient situés, sous peine pour les contrevenan[t]s d’être punis suivant ce qui est prescrit par les ordonnances à l’effet de quoi, enjoignons à M.M. les officiers du port et à tous ceux sous nos ordres qui par leurs charges et emplois doivent veiller à la sureté du port contre les accidents de toute espèce de tenir la main à l’exécution de la présente ordonnance qui sera enregistrée au Contrôle, lue, publiée et affichée dans tous les lieux accoutumés, pour que personne n’en prétende cause d’ignorance et lue tous les mois dans chaque at(t)elier avant l’appel. – A Brest le 25 avril 1774. Signé, Ruis Embito. »

 

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PJLEB 17/11/2016 22:07

Bon article et deux très beaux clichés.....