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00 - TONNERRE DE BREST, DEFINITION...

Publié par Sean O'Reil

A l’intention des tintinologues patentés.

A l’origine de l’expression préférée du capitaine Haddock.

J’en étais resté depuis ma jeunesse au coup de canon annonçant l’évasion des bagnards du bagne de Brest, mais depuis quelques années les révisionnistes sévissent, reprenant doctement sur internet les bonnes blagues brestoises du 1er avril du temps passé. Séquence émotion :

  • - Le canon annonçant la prise du taf et du débauché à l’arsouille ;
  • - La batterie - supposée ouessantine - qui fait un tel raffut qu’elle s’entend jusque dans le bureau du commandant de la Marine ou du préfet maritime et permet de donner l’alerte à la flotte qui n’attend que cela pour appareiller ;
  • - le pet du préfet maritime dit du Père Gueydon*, etc.

Le catalogue est ouvert, à votre bon cœur… et à vos commentaires en fin de billet. Pour ma part toujours « tradi » j’opte pour la canon du bagne (1764), bien qu’au XVIIIe siècle le port de Brest étaient bien connu pour ses canonnades endiablées de plusieurs dizaines de coups, lors de visites princières ou ministérielles… sans parler des grossesses et naissances royales. Mais ces "saluts" officiels n’étaient pas une exclusivité brestoise et restaient valables pour tous les ports de France

Le canon à Brest comme moyen d’alerte, à compter de 1764 :

Lettre du duc de Choiseul, secrétaire d’Etat à la Marine adressée à M. Gilles Hocquart, intendant de la Marine au port de Brest, Compiègne, le 20 juillet 1764.

« J’ay reçu, Monsieur, avec la lettre que vous m’avez écrites le 9 de ce mois le procès verbal d’évasion de 40 forçats employés aux travaux du port de Brest dont 28 ont été repris. Un pareil complot m’a paru d’autant plus extraordinaire, que je ne conçois pas comment on peut l’exécuter sans qu’il y ait de la connivence ou de la négligence de la part des argousins ou des Pertuisaniers commis à la garde des forçats. Tout ce que je puis vous dire, c’est que le Roy à qui je n’ay pu me dispenser de rendre compte de cet évènement, m’a paru également surpris de ce que l’on ne prenoit pas de plus justes mesures pour empêcher de pareils désordres très fréquents dans le port de Brest et toujours très facheux par les suites qu’ils entrainent. C’est pour les prevenir que l’intention de Sa Majesté est que s’il est reconnu que quelques argousins ou Pertuisanniers ayent donné lieu à cette evasion par negligence ou autrement, il en soit fait un exemple qui puisse contenir ces gens la dans le devoir auquel ils sont assujettis par les ordonnances. Je ne puis au reste qu’approuver la précaution que M. de Roquefeuil** a prise de faire placer sur le rempart du costé du valon du port un canon de 24 pour tirer et avertir les habitans de la campagne au moment de l’évasion de quelques forçats, afin d’engager les paysans à les arreter et ramener dans le port. Cette precaution que l’on pratique effectivement avec succès à Toulon et à Marseille, n’auroit pas le même effet à Brest, si l’on ne donnoit pas pour la capture des forçats la récompense qui est accordée par l’ordonnance du 7 May 1692. Je vous prie donc de la faire publier à Brest et afficher aux villages des environs : mais quelque soit l’effet que l’on doit attendre de cette récompense, comme la quantité considérable de forçats que l’on employe aux travaux du port, exige que l’on ajoute aux precautions déjà prises, celles que l’on croira devoir prendre pour prévenir l’évasion de ces forçats, je vous prie de vous entendre sur cela avec M. de Roquefeuil, et de m’envoyer un projet de règlement qui, en le faisant executer, puisse en imposer et mettre de l’ordre dans une partie où l’on ne scauroit trop apporter d’attention pour le bien du service et la tranquilité publique. J’ay l’honneur d’être très parfaitement, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur » signé – Le Duc de Choiseul. - Sources : Arch. S.H.D. Marine Brest, 1E 167, pp. 105-107.

Extraits de l’ordonnance royale du 14 juillet 1764, collationnée au contrôle de la Marine à Brest le 26 septembre 1764.

(…) « article 5. Il sera placé sur le rempart de Brest du côté du valon qui avoisine le bagne, un canon de 24 dont il sera tiré deux coups à peu de distance l’un de l’autre au moment où l’évasion d’un jusqu’à quatre forçats et trois coups pour un plus grand nombre d’évadés à fin que les habitans voisins avertis par ces coups de canons, puissent aller à la poursuite des [dits] forçats, les arrêter et ramener au bagne.

Art. 6. Veut pareillement sa majesté que conformément à l’ordonnance du 7 may 1692 et au règlement du 14 avril 1700 ; il soit payé par les ordres de l’intendant du port aux soldats et aux particuliers qui arrêteront et ramèneront au bagne un forçat évadé, la somme de soixante livres** pour chacun des dits forçats, laquelle somme sera retenue sur la solde des argousins et sous-argousins chargés de la garde des dits forçats. (…) »

Note :

(*) Louis Henri de Gueydon (1809-1886), préfet maritime de Brest (1859-1861).

(**) René-Aymar de Roquefeuil (1718-1780), commandant de la Marine à Brest.

(***) 60 livres c’est le montant du « salaire » mensuel d’un chirurgien de levée pour le port de Brest en 1759.

Mise à jour : 7 février 2017