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JOURNAL DE VOYAGE DE SARTINE A BREST, 31 AOUT 1775.

Publié le par François OLIER

 

Extraits du Voyage dans les ports de Bretagne ou Journal de M. de Sartine, ministre de la Marine à Brest (samedi 24 août - 11 septembre 1775).

PRECEDENT

Jeudi 31 [août 1775, Brest]

« Il plut toute la matinée. Je profitai de l’inaction forcée à laquelle le temps me condamnait pour travailler avec M. l’intendant. A midi 1/2 la pluie cessa. Je me rendis sur le champ de bataille* pour y voir la parade et défiler la garde des troupes de la garnison.

Examen des effets contenus dans le magasin particulier d’un vaisseau – « J’allai ensuite dans l’arcenal où j’avais donné ordre qu’on étalât sur le quai tous les effets qui sont contenus dans le magasin particulier d’un vaisseau, c'est-à-dire, ses cables, grelins, aussières, tous les cordages et toutes les poulies nécessaires pour son gréement, tous les ustensiles et les rechanges du maître d’équipage, du pilote, du canonnier et des autres maîtres : dans cet état ne sont point compris, le lest, les futailles, le bois à brûler, les canons, les affuts, les mâts, les vergues et les voiles, les ancres, et tout le rechange des voiles et des mâts. A la vue de ces objets, on ne conçoit pas comment un vaisseau peut les contenir tous, et loger en outre, 5, 6, et 8 cents hommes suivant son rang, les vivres nécessaires pour leur subsistance pendant six mois, et toutes les munitions de guerre.

« Après cette visite je me rendis chez M. le Cte de Chatelus*, colonel du régiment de Beaujolais*, chez lequel je dinai.

Hôtel des gardes de la Marine – « Immédiatement après diner j’allai visiter l’hôtel des Gardes* de la Marine, où je fus reçu par les Gardes du Pavillon et de la Marine sous les armes. Ecoles. Exercices - J’assistais dans chaque salle à leurs leçons et exercices, ainsi qu’à ceux des aspirans. Les officiers de ces compagnies m’assurèrent qu’il y avait une grande émulation parmi les aspirans et qu’on le devait aux dispositions de la dernière ordonnance par laquelle Votre Majesté a laissé à chaque aspirant à décider lui-même son avancement par son application et ses progrès.

Séance de l’Académie Royale de Marine – « Je me rendis ensuite dans le port pour assister à une séance de l’Académie Royale de Marine*. J’en visitai d’abord les salles et les machines, ensuite on prit séance après qu’on n’eut présenté la liste de tous les académiciens et qu’il m’eut été rendu compte de tout ce qui s’observe dans l’Académie, M. le Bègue* lieutenant de vaisseau, l’un des secrétaires d’année lut un mémoire de sa composition sur la rentrée des vaisseaux. Il a conclu que cette rentrée devait avoir des limites assujetties à l’espace qu’exige le recul du canon, et qu’en général et surtout dans les frégates, on faisait (…) faisait commencer de trop bas.

« M. de Rosenevet*, capitaine de Vaisseau, directeur d’année, lut ensuite un extrait du mot Marine destiné pour le Dictionnaire de l’Académie. Cet extrait parfaitement bien fait m’a engagé à lui demander le Mémoire en entier lorsqu’il sera terminé.

« M. le Bègue a lu un Mémoire de M. de Briqueville*, capitaine de vaisseau, sur l’utilité qu’il pourrait y avoir à donner les mêmes dimensions au mât de hune de mizaine et au grand mât de hune, afin qu’on pût, dans un besoin, employer indifféremment l’un ou l’autre pour remplacer celui qu’on aurait perdu.

« On proposa ensuite des questions à résoudre pour lesquelles on nomma des commissaires :

1°) Pourquoi les vaisseaux de 64 canons exigent-ils aujourd’hui, autant de bois pour leur construction qu’en exigeaient autrefois les 74 ?

2°) Est-il plus avantageux de tenir les bois dans l’eau que de les conserver à couvert sous des hangards ?

« A l’issue de la séance de l’Académie je rentrai chez moi, où après l’audience générale, j’en donnai une particulière à chacun des capitaines de brulot, des enseignes de vaisseau et des capitaines de flutte. Je travaillai ensuite dans mon cabinet jusqu’à l’heure du souper. »

A SUIVRE

Notes :

« Champ de bataille » - Place de la ville de Brest (auj. place Wilson). Délimitée par Vauban (Plan 1694), « ancien champ d’exercice pour les troupes de la Marine », aplani (1707), puis agrandi, appelé « nouveau champ de bataille » (1709), planté d’arbres (1721, 1723). Il était bordé au XVIIIe siècle par les rues Saint-Yves, d’Aiguillon (Comédie), du Château (Petit-Couvent) et de la Rampe. En 1752 les régiments de la garnison furent autorisés à l’utiliser pour s’y entraîner. En 1791 la Marine céda le Champ de bataille au Génie militaire (département de la Guerre) qui le rétrocéda en 1901 à la ville de Brest.

« Comte de Chatelus » - Henri-Georges-César, comte de Chastellux (1746-1814), colonel du régiment de Beaujolais-infanterie (20 mars 1774) en garnison à Brest.

« Beaujolais » - deux bataillons du régiment de Beaujolais-infanterie étaient casernés au château de Brest (1er juin 1774-11 novembre 1775). Arch. dep. Ille-et-Vilaine, cartons C 3826 et C 3827.

« Hôtel des Gardes » - Les Gardes de la marine ou Gardes-marine étaient de jeunes gentilshommes recrutés pour « apprendre » à devenir officiers de la marine royale. Leur organisation fit l’objet de nombreuses transformations de 1626 à 1786 : Ils furent appelés « Gardes du cardinal » ou « gardes du Grand-maître » (1626-1669), puis Gardes-marine appelés « Vermandois » (1669-1671), puis « Anciens Gardes » (1671-1686), « Nouveaux Gardes » (1686) avant d’être remplacés par trois compagnies de « Gardes de la marine » localisés à Brest, Rochefort et Toulon (1686-1786). C’est de celle de Brest dont nous parle Sartine. A Brest, les Gardes-marine étaient logés depuis 1769-1771 à l’ancien séminaire des Jésuites dont ils cédèrent les locaux, en 1776, au service de santé de la marine après le terrible incendie qui ravagea le 20 novembre la quasi-totalité de l’hôpital dit « du Roy ». Cf. 24 août 1775 – note sur les Gardes du Pavillon.

« Académie royale de marine » - Académie de marine (1752) devenue Académie royale de marine (1769-1793). Fondée à Brest, était aux origines un salon privé (ca. 1745-1749) animé par Sébastien-François de Morogues (1706-1781) qui regroupait quelques officiers de marine « pour travailler à un dictionnaire de marine » [4 juin 1752]. Lettres patentes de fondation du 30 juillet 1752, accueillait 75 membres concernés par les sciences de la mer. Le siège de l’Académie se situait au premier étage d’un bâtiment constitué de petites forges (ferblanterie) et de magasins bordant la forme de Troulan (auj. bassin Tourville). Première séance de l’Académie à Brest le 31 août 1752. Cf. 24 août 1775, note.

« Le Bègue » - Jean-Antoine Le Bègue de Germiny (1727-1808). Officier de marine. Membre adjoint de l’Académie royale de Marine (1769), membre ordinaire (1771), directeur (1773-1774, 1777, 1780, 1783, 1785, 1787, 1789), sous-secrétaire (1775), vice-directeur (1778, 1788).

« Rosnevet » - Charles-Marie Saulx de Rosnevet (ca. 1734-1776). Officier de marine, capitaine de frégate. Membre adjoint de l’Académie royale de Marine (1769), membre ordinaire (1771), secrétaire (1772), vice-directeur (1773), directeur (1775), vice-directeur (1776).

« Briqueville » - Bon Chrétien de Briqueville (1726-1803). Officier de marine. Membre ordinaire de l’Académie royale de Marine (1769), vice-directeur (1770), directeur (1771), membre honoraire (1784).

A SUIVRE

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