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BREST EN 1778 PAR "L'ESPION ANGLOIS"

Publié le par François OLIER

"le pot de chambre de la Bretagne"

 

Je vous propose cette courte description du Brest de la Guerre d'indépendance américaine (ca. 1778) extraite de :

L'espion anglois ou Correspondance secrète entre Milord All'Eye et Milord All'Ear, Londres, chez John Adamson, t. VIII, 1784, lettre III, pp. 86 et suiv. [en ligne sur Gallica.fr].

dont l'auteur,  Mathieu-François Pidansat de Mairobert (1727-1779) ami de Restif de la Bretonne et personnage haut en couleur du règne de Louis XV, était un protégé du duc de Chartres, le futur "Philippe Egalité" (1747-1793) dont il était  "secrétaire des commandements", c'est-à-dire le principal secrétaire en charge de ses dépenses.

 

Brest-Recouvrance au XIXe siècle

"Sur la ville de Brest. (…)

Brest, Milord, est une ville semblable à toutes les cités anciennes de province que je parcours, laide, mal-bâtie & très sale. C'est un cloaque, & par sa position l'égout des autres : aussi l'appelle-t-on trivialement le pot de chambre de la Bretagne. Il y pleut durant les trois quarts de l'année ; mais, malgré cette humidité habituelle, le séjour n'en est point mal-sain ; peut-être que la température de l'air toujours assez égale contribue à sa salubrité, car il y a rarement de grands froids & de grands chauds. Quelle qu'en soit la cause, cette qualité est bien essentielle dans un lieu ou il doit se trouver en certain tems par sa destination beaucoup d'hommes entassés, ce qui, sans cela, produiroit des épidémies fréquentes.

Cette ville, malgré la difformité de sa construction, ne me déplairoit pas. J'observe dans son site quelque chose de pittoresque, propre à frapper les connoisseurs. Il y regne des hauts & des bas qui empêchent les carosses de rouler dans beaucoup de parties & en diversifient singulièrement l'aspect : plusieurs rues sont en escalier. Il y a une vaste place qu'on appelle le champ de bataille, plantée d'arbres autour, qui sert de promenade aux dames dans l'intérieur de la ville, & d'emplacement pour assembler les troupes, leur faire faire des évolutions et des manœuvres. Elle est aussi très propre aux fêtes publiques. On se souvient encore de celles qu'y occasionna M. le duc de Chartres*. Un château fort qui domine la rade, donne à Brest de ce côté un air majestueux bien différent de celui qu'il présente ailleurs. Enfin, quand, au sortir de ce vilain trou, on découvre le port & l'arsenal, quelle surprise ! quel spectacle imposant! quelle grandeur ! quelle magnificence !" (…).

 

(*) A Brest, du 5 au 11 mai 1772

Légende de l'illustration : Brest-Recouvrance par Eugène Cicéri, BNF/Gallica

 

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