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JOURNAL DE VOYAGE DE SARTINE A BREST, 3e septembre 1775.

Publié le par François OLIER

 

Extraits inédits du Voyage dans les ports de Bretagne ou Journal de M. de Sartine, ministre de la Marine à Brest (samedi 24 août - 11 septembre 1775).

 

PRECEDENT

 

Dimanche 3e septembre [1775, Brest]

« Revue des troupes - Je me rendis après la messe sur la Place des Cazernes de la Marine* pour y voir passer la revue ordinaire des troupes par le commissaire chargé de ce détail. Vétérans reçus - Après la revue on reçut les vétérans au nombre de neuf. C’est la première fois que les troupes de la Marine ont joui de cette distinction que Votre Majesté a bien voulu leur accorder par son ordonnance du 26 Xbre 1774*, ainsi que le feu Roi l’avait fait pour toutes les troupes de l’infanterie. [insigne tissé de vétérance en illustration. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à l'insigne du brevet militaire professionnel de l'armée de terre actuel, en moins chic, le petit noeud en moins...]

« 1ère visite de vaisseaux – Après la revue des troupes je commençai la visite particulière de chaque vaisseau et frégate. J’avais sous les yeux l’état de situation de chaque bâtiment dans lequel se trouvent marqués non seulement les différentes parties attaquées de pourriture et qui exigent un radoub, mais encore tout ce qui manque à chaque bâtiment pour completter son gréement, son armement et son approvisionnement. Je m’assurai par mes yeux de l’exactitude de cet état de situation, autant que la chose put le permettre ; car à la vue simple, il n’est pas possible de distinguer un vaisseau neuf de celui qui est le plus attaqué de pourriture : la chemise de goudron qu’on donne à tous les vaisseaux pour préserver le bois des injures de l’air, les rend très parfaitement semblables à l’œil.

« Je visitai trois bâtimens dans cette matinée, et je me rendis ensuite chez M. d’Orvilliers* où j’assistai au diner que ce commandant donnait aux vétérans de la Marine et à une partie de ceux des trois régiments en garnison à Brest. Les officiers majors de la Marine mangeaient avec les soldats : on but la santé de Votre Majesté, celle de ses ministres, celles des commandans et celles des grenadiers.

« 2e visite des Vaux – Immédiatement après le diner, je retournai dans le port, où je continuai la visite des vaisseaux et des frégates. Je l’interrompis pour me rendre dans le haut de la rivière et y voir à mer basse les amas et la disposition des bois de construction et de mâture qui sont déposés dans différentes anses de la rivière*. Je m’occupai en même temps de revoir l’ensemble des magasins et atteliers que j’avais vus en détail. Magasin de mâts assemblés - Je visitai un magasin de mâtures* situé sur le côté de la rivière à droite. On y tient à couvert des mats d’assemblage qui ne peuvent être conservés dans l’eau. Le rés de chaussée de ce magasin ainsi que des autres de ce genre est trop élevé. Les mâts y sont empilés et lorsque ceux d’un vaisseau qu’on veut armer se trouvent être sous tous les autres, le travail énorme qu’il faut faire pour mettre hors du magasin tous les mâts qui se trouvent au-dessus de ceux qu’on veut avoir et pour les remettre ensuite en magasin, occupe quelquefois deux cents hommes et entraîne beaucoup de dépense. La rareté des magasins nécessite à empiler ainsi les mâts : on évitera cet inconvénient qui est très grand lorsqu’on aura pu multiplier les magasins.

« 3e visite de Vaux - En redescendant dans le port, je visitai encore quelques bâtimens, et à la nuit je rentrai chez moi, où j’eus des conférences avec plusieurs personnes sur différens objets du service ».

A SUIVRE

 

Notes :

« cazernes de la marine » - cf. notes du 27 août 1775.

« Ordonnance du 26 Xbre 1774 » - L'ordonnance du 26 décembre 1774 pour les troupes de la marine succédait à l'ordonnance du 16 avril 1771 pour l'armée de terre. Elle instituait une récompense pour bons et loyaux services en faveur des bas officiers et des soldats de l'armée de terre ; lesquels devaient attester de 24 ans de présence sous les drapeaux pour recevoir une haute paie (supplément de solde) et le médaillon de vétérance qui était remis avec une grande solennité par le colonel du régiment.

« M. d'Orvilliers » - Louis Gillouet, comte d’Orvilliers (1710-1792), cf. notes du 24 août 1775.

« Anses de la rivière » - cf. notes du 30 août 1775.

« Magasin de mâtures » - rive gauche de la Penfeld, « anse du moulin à poudre » appelée aussi « anse de la tonnellerie » – Une fosse aux mâts occupait l’anse dès 1682 ; puis s’élevèrent des hangars (1772) pour la recette (avec quai dédié) et le stockage du bois de construction.

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