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LE TRAVAIL DU DIMANCHE A L’ARSENAL (1782)

Publié le par Sean O'Reil

L'arsenal travaillait au rythme de la cloche du beffroi de la "Majorité".
L'arsenal travaillait au rythme de la cloche du beffroi de la "Majorité".

Perle brestoise

Aux siècles passés l’on ne pouvait travailler à Brest le dimanche et les jours chômés que dans l’enceinte de l’arsenal. Dans le reste de la ville de Brest au XVIIIe siècle la police veillait au respect des ordonnances royales sur le repos dominical et des quarante à cinquante jours de fêtes religieuses chômés. Ainsi dans cet espace préservé de la pression des contraintes sociales et religieuses, des milliers d’ouvriers (9360 à temps plein en janvier 1783) et des dizaines de milliers de marins pouvaient oeuvrer le dimanche, "en cas de nécessité", pour le service du Roy. Dans le port, le travail était rythmé par le son de la cloche du beffroi de la majorité générale. En hiver le travail débutait dès 7 heures et se terminait aux six heures du soir. En été il en était tout autrement ; la lumière du jour commandait : de cinq heures du matin aux huit heures du soir avec trois pauses (30 minutes le matin – une heure pour le déjeuner sans quitter le lieu de travail – 30 minutes l’après-midi) ; cette dernière coupure était supprimée durant les mois d’été… (Ordonnance de 1689).

Une thématique qui reste d’actualité… entre travail exceptionnel et repos imposé.

A Versailles le 20 janvier 1782 - Le maréchal de Castries, secrétaire d’état à la Marine à M. Guillot, intendant de marine à Brest. - « Je réponds, Monsieur, à la lettre que m’a écrite M. de Beaupréau [contrôleur de la Marine] relativement à l’ordonnance rendue par les juges de police de Brest pour défendre à aucun habitant de la ville de travailler les dimanches et les fêtes. Je conçois que dans les mouvements actuels du port [pour les armements d'Amérique], les ouvriers qui ont des entreprises de façons d’ouvrages tels que le serrurier et le forgeron pour les bâtiments civils, le chaudronnier, le ferblantier et quelques autres peuvent être obligés de travailler les dimanches, mais les ouvrages dont ils sont chargés pour le Roi ne peuvent pas les soustraire à la police générale observée dans tout le royaume et dès qu’ils travaillent hors de l’enceinte de l’Arsenal, ils ne peuvent tenir leurs boutiques ouvertes sans la permission des juges ordinaires. Ces juges me paraissent en droit que vous leur fassiez connaître la veille de chaque fête quels sont les ouvriers qui seront obligés de travailler le lendemain pour le service du Roi et la proposition qu’ils ont faite sur cela à M. de Beaupréau me paraît conforme à toutes les règles. Je vous prie de vouloir bien vous concerter à ce sujet avec le sénéchal. Mais si, ce que je ne crois pas, les juges de police, malgré la connaissance que vous leur auriez donnée de la nécessité de laisser travailler quelques ouvriers voulaient s’y opposer, je prendrais des mesures pour lever les entraves qu’ils mettraient au service du Roi. J’ai l’honneur d’être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. » [signé : « Castries »].

Source : Arch. SHD Marine Brest, 1E 211, 1782, p. 167-168. – Boulaire (A.), Brest Au temps de la Royale, Brest, 1989 - Floch (M.), La vie de l’ouvrier de l’arsenal, dans les Cahiers de l’Iroise, n°4, 1965, p. 265-283.

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